4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 16:32

Le dernier film d'Orson Welles

titre original "The other side of the wind"
année de production 1970-1976
réalisation Orson Welles
scénario Orson Welles
photographie Gary Graver
montage Orson Welles
interprétation John Huston, Oja Kodar, Peter Bogdanovich, Robert Random, Lilli Palmer,
  Paul Stewart, Norman Foster, Mercedes McCambridge, Cameron Mitchell,
  Edmond O'Brien, Dennis Hopper, Claude Chabrol, Stéphane Audran,
  Paul Mazursky, Natalie Wood (non créditée), Cameron Crowe (non crédité),
  Anna Thea Bogdanovich (non créditée)


Article du New York Times du 28 octobre 2014 : cliquer ici.


La critique de Sébastien Miguel

« Ce sera un film à propos de la mort, le portrait d’une décadence, d’une ruine. »
Orson Welles à Jean Clay dans Réalité, octobre 1962

Une party hollywoodienne. Tourbillon vertigineux de la meute des objectifs carnassiers autour d’un vieux cinéaste macho et alcoolisé (magistral John Huston). Le visage, détruit par l’alcool, d’Edmond O'Brien filmé à la courte focale et gueulant dans son haut parleur, deux nains déguisés en cowboys, un jeune loup aux dents longues (superbe Peter Bogdanovich), une Cassandre belle et troublante (Lilli Palmer, dont la ressemblance avec Jeanne Moreau fascine). Quelques fantômes aussi avec la présence de vieux compagnons wellessiens (Paul Stewart, Norman Foster, Mercedes McCambridge…).





Welles coupe dans le mouvement, retire quelques frames au zoom pour en accentuer la violence, multiplie les hiatus incroyables, coupe dans les dialogues, rajoute des phrases en post synchro. Plans obliques, courtes focales déformantes, contre-plongées. Le cinéaste de "F for Fake" multiplie les formats : 35mm, 16mm, 8mm, et passe avec une désinvolture provocante de la couleur au noir et blanc. L’iconoclaste légendaire palie l’absence de budget par un montage fragmentaire d’une virtuosité avant-gardiste visionnaire.

Le film dans le film. Au cœur du chaos, évolue sur l’écran Oja Kodar, l’héroïne du film d’Hannaford. Welles le puritain expose, transcende son corps magnifique. Oja suivie par un jeune homme dans un dédale monstrueux sorti tout droit du "Procès", Oja se cachant nue dans de vieux décors en ruine, Oja faisant sauvagement l’amour dans l’habitacle d’une minuscule voiture de sport (scène de sexe d’anthologie de plus de 8 minutes et sommet d’érotisme totalement inattendu de la part du cinéaste de "La splendeur des Amberson" !).

Welles ridiculise l’Antonioni de "Zabriskie Point", évoque son propre parcours au sein de l’industrie hollywoodienne et, après Kane et Othello, débute une nouvelle (et dernière) fois son film par la mort du personnage principal.

Dans la dernière séquence, le jeune héros traverse, aux sons d’une musique sacrée, quelques vieux décors de cinéma dévastés. Oja, entièrement nue et armée d’un couteau, perce une tenture. Welles assimile l’incarnation du désir et de la vie à la beauté diurne de la femme. Et c’est le cut final. L’écran noir infini.

Photos de tournage


Mike Stringer, Gary Graver, Bob Random & Orson Welles


Orson Welles & Peter Bogdanovich


John Huston, Orson Welles & Peter Bogdanovich

Cameron Mitchell, Paul Stewart, Mercedes McCambridge & Orson Welles


John Huston & Orson Welles

John Huston, Orson Welles & Peter Bogdanovich


Oja Kodar, Frank Marshall, Gary Graver & Orson Welles


John Huston & Orson Welles

Références à Ernest Hemingway

- La date du suicide du romancier (le 2 juillet) correspond, dans le film, à celle de l'anniversaire d'Hannaford et de sa mort.
- Hannaford a le même prénom que le personnage principal du roman "Le soleil se lève aussi" (Jake).


Peter Bogdanovich raconte une histoire de tournage lors de la cérémonie de remise à Orson Welles d'un Life Achievement Award à l'American Film Institute le 9 février 1975. A l'occasion de cette cérémonie, Welles a fait diffuser 2 séquences du film, notamment celle dans laquelle on voit, dans une salle de projection, un assistant d'Hannaford tenter vainement d'expliquer à un producteur d'Hollywood, dubitatif, une séquence non montée du film.

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