2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 17:52

Jacqueline Porel (1918-2012)
Petite-fille de Réjane (rivale de Sarah Bernard), Jacqueline Porel débute au cinéma en 1935 dans le film de Marc Allegret "Les beaux jours". Elle tourne avec les plus grandes vedettes de son temps : Raimu, Pierre Brasseur, Jean Gabin, Jean Marais, Charles Vanel, Danielle Darrieux… Elle poursuit, parallèlement, une riche carrière théâtrale qui s’étendra sur près de trente ans. Elle se spécialise très tôt (peu après la guerre) dans le doublage. Pénalisée par une technologie encore balbutiante, la comédienne rejoint une catégorie d’artistes considérés à l’époque comme « les maudits et les pestiférés » de la profession. La distinction de son expression, la finesse et la douce fermeté de son timbre la prédisposent naturellement à incarner les jeunes premières graciles des années 50, Audrey Hepburn, notamment. Sa connaissance parfaite de l’anglais lui permet de doubler, pour le marché américain, les films des vedettes françaises qui (contrairement à aujourd’hui) ne se doublaient jamais. Elle apportera son talent et sa voix anglaise à Michelle Morgan, Danielle Darrieux, Edwige Feuillère… Dans les années 60, elle devient directrice artistique de doublage, notamment pour Avia Films. Jusque dans les années 80 (où elle dirige la Société SIS), elle continue d’élaborer les adaptations françaises des grandes productions américaines ("Tootsie", "Amadeus", "Out of Africa", "Mission"…) et se réserve (comme Alfred Hitchcock !) toujours un petit rôle. Elle s'entoure d'une "famille" de comédiens qu'elle fait beaucoup travailler et qui sont la "marque" des doublages qu’elle administre : Evelyne Selena, Marie-Christine Darah, Jacques Frantz, Serge Lhorca, Jacques Deschamps, Georges Berthomieu, Edgar Givry, Perrette Pradier, Guy Chapelier, René Beriard, Marc François, Luq Hamet, Emmanuel Jacomy... Ayant participé dans les années 50 au nouveau doublage de "La Belle et le Clochard" ou "La belle au bois dormant" (où elle incarne la mythique sorcière Maléfique), elle se voit confier par les Américains la responsabilité des films d’animation Disney des années 80 : "Rox et Rouky", "Taram et le chaudron magique", "La petite sirène". La ressortie de "Cendrillon", en 1991, lui donne l’occasion de produire l’un de ses plus remarquables travaux lorsqu'elle double la glaçante marâtre du chef-d’œuvre de Disney. À presque 80 ans, Jacqueline Porel prend définitivement sa retraite après avoir interprété une vieille dame acariâtre dans "Maman, je m'occupe des méchants !" en 1997.
Anecdotes
• Comme Roger Rudel avec Kirk Douglas, et Jean Claude Michel avec Sean Connery, Jacqueline Porel sera l’incarnation vocale idéale (et irremplaçable) de Deborah Kerr, du film d’aventure en Technicolor "Les mines du roi Salomon" (1950), au dernier film de l'actrice écossaise à Hollywood, "Les parachutistes arrivent" (1969), les deux artistes partageant une élégance vocale et une distinction naturelle tout à fait remarquables.
• Dans "Rox et Rouky", elle choisit le caméo vocal le plus radical de toute sa carrière : elle incarne le personnage ridicule du porc-épic, doublé, dans la version originale, par un homme.

Jean-Claude Michel (1925-1999)
Le plus important des comédiens de doublage de par le nombre de films et la notoriété des acteurs doublés. Excellent dans les compositions dramatiques ("Duel" de Spielberg) comme comiques (la série "Naked gun"), déployant une maîtrise remarquable de la technique et de la caractérisation du doublage, il a prêté sa voix notamment à Sean Connery dans presque tous ses plus grands films hors James Bond, Clint Eastwood dans la plupart de ses films, dont la saga des "Inspecteur Harry", Richard Burton ("Le jour le plus long", "Barbe Bleue", "Les oies sauvages", "L’Hérétique"), mais aussi à Robert Mitchum ("La fille de Ryan", "La colère de Dieu", "Yakuza", "La bataille de Midway", "Le dernier nabab", "Fantômes en fête", "Les nerfs à vif", "Dead man"), Tony Curtis ("Trapèze", "Les Vikings", "Certains l'aiment chaud", "Taras Bulba"), Charlton Heston ("La soif du mal", "Ben-Hur"), Leslie Nielsen, Rock Hudson ("L'opération diabolique", "Darling Lili", "Duel dans la poussière").
Anecdotes
• Surnommé parfois ‘la voix de Dieu’, son élocution, masculine et majestueuse, sera retenue pour personnaliser le timbre du ‘Tout Puissant’, notamment dans les dernières minutes des "Chevaliers de la table ronde" de Richard Thorpe (1953).
• Sa magistrale performance vocale de David Mann pour "Duel" ne fut pas reproduite lors de la diffusion en Blu-ray du classique de Spielberg, Universal France préférant redoubler le film. Des admirateurs de la version française, fort mécontents du nouveau travail, décidèrent de remixer la nouvelle copie HD avec la VF d’époque. Cette version est proposée en téléchargement gratuit sur Internet.
• Il double Leslie Nielsen dans la série des ZAZ "Y a-t-il un flic" (référence directe à l’inspecteur Harry). Mais Jean-Claude Michel avait déjà doublé Leslie Nielsen pour "L’aventure du Poséidon".
• Quelques temps avant sa disparition, il parvient à terminer le doublage de "Haute voltige". Dernière collaboration avec Sean Connery, 40 ans exactement après "Darby O'Gill et les Farfadets".

Raymond Loyer (1916-2004)
Malgré ses apparitions chez Melville ("Le deuxième souffle") ou chez Giovanni ("Deux hommes dans la ville", où il donne la réplique à Jean Gabin), Raymond Loyer restera pour toujours la voix française principale de
John Wayne ("Le massacre de Fort Apache", "La charge héroïque", "Rio Grande", "L'homme tranquille", "La prisonnière du désert", "Rio Bravo", "El Dorado", "Les bérets verts", "Rio Lobo", "Chisum", "Les voleurs de trains", "Le dernier des géants"). Par ailleurs, il doubla avec brio Charlton Heston ("La bataille de Midway", "Un tueur dans la foule", "747 en péril", "Tremblement de terre", "Le Survivant"), Robert Mitchum ("Les nerfs à vif"), Henry Fonda ("Il était une fois dans l'Ouest") et Burt Lancaster ("Le corsaire rouge", "Les parachutistes arrivent").
Anecdotes
• Devenu le symbole, dans l’inconscient cinéphilique français, de John Wayne, il prêtera sa fameuse voix à… Ronald Reagan dans une séquence satirique de "Retour vers le futur II".
• Une ultime fois, l’acteur reviendra vers John Wayne dans l’immense entreprise de démythification de Serge Hazanavicius, "Le grand détournement". Loyer participant à la destruction pure et simple du mythe de Wayne, les auteurs n’ayant de cesse de souligner la vulgarité, le sexisme, le machisme, le racisme, la violence… et l’homosexualité latente de la superstar républicaine.

Jean Topart (1922-2012)
Connu pour sa voxographie impressionnante, il a notamment doublé Orson Welles dans "Le Procès", Christopher Lee dans "Les cicatrices de Dracula" et, presque 30 ans plus tard, dans "Sleepy Hollow", F. Murray Abraham dans "Amadeus", William Windom dans "Les évadés de la planète des singes", Robert Blossom dans "L'évadé d'Alcatraz", John Houseman dans "Rollerball", Freddie Jones dans "Elephant man" et "Le secret de la pyramide".

Claude Bertrand (1919-1986)
Surtout connu pour avoir été la voix française attitrée de Roger Moore (7 James Bond) et de Charles Bronson. Il doubla également, entre autres, Burt Lancaster ("Bronco Apache", "Vera Cruz", "Trapèze", "Le prisonnier d'Alcatraz", "Airport", "L'homme de la loi", "Scorpio", "Le Merdier", "Atlantic City"), Joseph Cotten ("Le troisième homme", "Niagara"), John Wayne ("Alamo", "Le jour le plus long").

Jacques Thébault (1924-2015)
Dans les années 40, l’apprenti comédien suit les cours de Charles Dullin (après ses heures d’usine) et travaille en tant que projectionniste dans le but de payer ses cours. Il tente sa chance au conservatoire, mais ne parvient à se faire engager qu'en tant qu’auditeur. Il apparait, à cette époque, dans un grand nombre de pièces de théâtre où il côtoie Roger Vadim et Louis de Funès. Participant fréquemment à des émissions de radio, il tente même sa chance dans la chanson, mais sans aucun succès. Il débute officiellement dans le monde du doublage en 1948 avec cette réplique : "Le ventilateur est cassé !". Thébault travaille régulièrement sous les ordres de Maurice Dorléac (père de Françoise et Catherine), l’une des personnalités les plus craintes de la profession. A la fin des années 50, il décroche le rôle principal doublé d’une petite série télé américaine : "Au nom de la loi". Un travail décisif. Il sera le doubleur attitré de Steve McQueen, et cela, jusqu’à la mort de la star en 1980. Outre la série westernienne mythique, Jacques Thébault devient le doubleur de Robert Conrad (auquel il ajoute une fantaisie totalement absente dans les versions originales) pour "Les mystères de l’Ouest" et surtout "Les têtes brûlées". Sa diction parfois froide, hautaine et sans passion trouve une fonction idéale dans la voix off ‘distanciée’ de la série policière mythique "Les Incorruptibles". Cette voix sardonique lui apportera le succès, et il sera régulièrement demandé pour des publicités où il parvient même à imposer son salaire ! Pourtant, c’est avec une autre série mythique que Jacques Thébault trouve l’un des plus grands rôles : il apporte son élégance raffinée et son ironie anglo-saxonne à Patrick McGoohan pour "Le Prisonnier" et invente même le fameux "Bonjour chez vous". À la fin des années 60, Paramount France décide de remplacer tous les directeurs artistiques, et c’est vers lui que l’on se tourne naturellement. Graal suprême, il est amené à diriger, pour les besoins de la synchronisation, Romy Schneider, Maurice Ronet, Michel Serrault et Georges Wilson.
Les années 70 seront particulièrement fastes : "Papillon", "La tour infernale", "Les dents de la mer" 1 et 2, "Alien". Il reviendra progressivement vers la télévision, malgré quelques travaux spectaculaires dans les années 80 comme "Blade runner" ou "La forteresse noire". Il termine petit à petit son activité au début des années 90 avec la voix chaleureuse et aimante de Bill Cosby pour Cosby Show et celle laconique (presque nostalgique) de Lucky Luke (ultime icone westernienne et retour à la source).
À la fin de sa vie, Jacques Thébault se passionne pour Internet et les réseaux sociaux. Cette activité lui permet de prendre conscience de l’admiration et de la passion qui subsistent encore chez un public de cinéphiles admiratifs de sa carrière passée. En 2013, et après quelques hésitations, il participe au Salon des Séries et du Doublages où il est accueilli et fêté comme une véritable star.
• Après leurs séances de travail, Romy Schneider lui fera livrer (par l’intermédiaire de son chauffeur) une fameuse bouteille de scotch.
• Le comédien aimait beaucoup doubler John Cassavetes ("Les douze salopards", "Rosemary's baby", "Furie"). Mais, à chaque apparition de Cassavetes dans "Columbo" (même chose avec Patrick McGoohan), le public comprenait immédiatement le caractère démoniaque du personnage doublé par lui.
• Son travail magistral sur "Les dents de la mer" lui permit de devenir le doubleur de Roy Scheider ("Les dents de la mer", "Le convoi de la peur", "Les dents de la mer 2").
• Sa voix ‘métallique’ accentue de manière saisissante le caractère inhumain de certains des personnages qu’il double, comme le robot assassin Ash (Ian Holm) dans "Alien" de Ridley Scott et le malfaisant Tyrell (qui, dans une première version du script, était aussi un robot) dans "Blade runner" du même Scott. Le point culminant se matérialisant dans le monstrueux SS Kaempffer (Gabriel Byrne) dans "La forteresse noire" de Michael Mann.
• Il annonce la fin du monde dans "Le bal des vampires" de Polanski et ‘introduit’ le "Massacre à la tronçonneuse".

Pour visionner un documentaire consacré au doublage, cliquer ici.

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