23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 22:03

titre original "The Offence"
année de production 1972
réalisation Sidney Lumet
scénario John Hopkins, d'après sa propre pièce "This story of yours"
photographie Gerry Fisher
interprétation Sean Connery, Trevor Howard, Ian Bannen, Ronald Radd, Vivien Merchant


La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Ce film remarquable, avec un Sean Connery à contre-emploi dans un rôle trouble et glauque, n'est sorti en France qu'en 2007. Connery est excellent en personnage vieillissant qui découvre ses propres pulsions à l'occasion d'un interrogatoire. Rares sont les films à montrer ainsi la part noire de l'homme.


La critique de Sébastien Miguel

Descente aux enfers. Construction en flash-back, monologues douloureux et décorum de cauchemar. L’architecture de la petite ville de Bracknell transcendée par Fisher et Lumet tel un dédale de béton monstrueux. Flic frustré et brutal, Johnson (Sean Connery, admirable) est un type repoussant : mauvais flic, mauvais mari… avec une atroce moustache lui barrant le visage. Une nuit, il massacre à mains nues un suspect.

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Lumet multiplie les morceaux de bravoure : la recherche de la fillette où le cinéaste assimile brutalement Johnson au violeur, l’apparition hallucinante de Baxter, la confrontation entre Johnson et sa femme (Vivien Merchant, magnifique de désespoir). On adore aussi la séquence minuscule où Johnson se prépare en silence avant son propre interrogatoire : très beau moment de cinéma.

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Casting fabuleux jusque que dans le moindre rôle (Ronald Radd, stupéfiant en commissaire en chef). Trevor Howard est impérial en inquisiteur, mais c’est Ian Bannen (dans une création particulièrement démoniaque) qui marque durablement les esprits. Baxter est-il un innocent persécuté ou un démon échappé des entrailles de l’enfer ? Aucune explication de la part de Lumet.

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"The Offence" est aussi un film sur la nuit - opaque, étouffante, terrifiante. L’œuvre bénéficie d’un travail considérable sur l’image de la part de Gerry Fisher.

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A la toute fin, le ‘héros’ prend Dieu à témoin. Mais il n’y a aura pas de réponse. Aucun espoir dans "The Offence", juste des fantômes brisés par leurs démons et incapables de compassion.

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La critique de Didier Koch

En 1971, Sidney Lumet est un réalisateur reconnu qui n'arrive pas, aux yeux des critiques de l'intelligentsia américaine, à se sortir d'un certain académisme lié à son goût pour l'adaptation de pièces de théâtre (Reginald Rose avec "Douze hommes en colère", Tennessee Williams avec "L'homme à la peau de serpent", Ray Rigby avec "La colline des hommes perdus", Eugene O'Neill avec "Long voyage vers la nuit" ou Anton Tchekhov avec "La Mouette").

Pour beaucoup aujourd'hui, "The Offence" est le premier grand film de Lumet. Une telle affirmation gomme des réussites majeures comme "MI5 demande protection" (1966) ou "Point limite" (1964), sans parler de "Douze hommes en colère" (1957), son premier film qui le propulsa immédiatement dans le clan des réalisateurs qui comptent. En revanche, "The Offence", grâce à l'impulsion de Sean Connery à l'initiative du projet, marquera un tournant dans la carrière du réalisateur, qui semble ici franchir un pas dans l'exploration des frontières entre le bien et le mal qui délimitent les deux des grandes fonctions régaliennes qui cimentent les démocraties : justice et police. 

Sean Connery, qui est alors à la fin de sa période James Bond, a déjà œuvré six fois dans l'univers de Ian Fleming revu et corrigé par le producteur Albert R.Broccoli, période durant laquelle il a bataillé ferme avec United Artists pour avoir la liberté de diversifier ses interprétations. Pour accepter de tourner "Les diamants sont éternels" suite au désistement de George Lazenby, son successeur désigné dans le costume de l'agent 007, il impose au studio le financement de deux films de son choix. Le premier de ces deux films sera "The Offence", tiré d'une pièce de John Hopkins qui officiera au scénario. Naturellement, Connery se tournera pour la réalisation vers Sidney Lumet, avec qui il avait déjà travaillé deux fois auparavant pour des films à forte intensité dramatique ("La colline des hommes perdus", 1965) ou au ton iconoclaste ("Le gang Anderson", 1971).

Afin de donner tout de suite le ton cauchemardesque de son film, Lumet ouvre le bal avec une scène filmée au ralenti nous exposant le chaos qui s'est emparé d'un petit commissariat anglais après qu'un des leurs ait "pété un câble" face à un violeur présumé de petites filles. Lumet nous propose une plongée dans la psyché d'un homme détruit pour n'avoir pas su dresser une paroi étanche entre les épreuves endurées lors de ses enquêtes et sa vie privée devenue complètement déstructurée  par son incapacité à chasser de son esprit les images sordides qui ont jalonné ses enquêtes et qui nous sont envoyées régulièrement à l'écran en flashs rapides. C'est la part d'ombre de chaque homme qui intrigue au plus au point Lumet, qui ne cessera de creuser ce sillon par la suite avec des films de plus en plus incisifs et maîtrisés ("Serpico" en 1973, "Le prince de New York" en 1981, "Le Verdict" en 1982 ou "Contre-enquête" en 1990), qui se pencheront encore davantage sur le rôle de l'institution dans la bascule mentale qui s'opère chez ceux qui sont sans arrêt confrontés à la perversité humaine.

"The Offence" nous parle de la lutte d'un homme affolé à l'idée d'être contaminé par les images mentales qui l'assaillent. A ce sujet, Lumet distille une ambiguïté qui, en plus d'accroître le suspense, plonge le spectateur dans un malaise jamais dissipé jusqu'à la fin du film. Il faut un prodigieux Sean Connery, à mille lieux de la suave maitrise de l'agent 007, pour exprimer la force animale et rustre de cet inspecteur de banlieue en lutte avec ses démons intérieurs que plus rien ne peut apaiser, y compris sa femme que, dans sa grande confusion, il assimile aux malfrats qu'il pourchasse. Véritable force brute, l'acteur écossais est saisissant de vérité, livrant là sans doute une de ses plus convaincantes prestations. Il faut saluer son courage et son honnêteté artistique pour oser ainsi défier les studios plutôt que de se satisfaire du succès facile et assuré que lui offrait la franchise "James Bond". Combien ont eu cette démarche ? Assez peu, en vérité.

United Artists a très vite senti le danger que constituait "The Offence" pour l'image de sa poule aux œufs d'or en distribuant le film de manière plus que confidentielle malgré son succès critique en Europe. Lumet, quant à lui, trouva le ton juste pour illustrer l'enfermement mental de cet homme grâce à une photographie aux tons très froids dans une Angleterre sans horizon autre que cette banlieue sinistre et impersonnelle. Assurément, "The Offence" permet à Lumet d'entrevoir les variations qu'il pourra imprimer à ses préoccupations humanistes libérées des surcharges narratives de ses premiers films.

Dans le DVD édité en septembre 2009 par Wild Side, une très instructive interview de Jean-Baptiste Thoret replace le film dans le contexte de son époque.

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