29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 09:18



L’Amérique a tout de suite eu besoin du cinéma : pour tirer le portrait de tout un peuple d’émigrés venus bâtir une nation. Pour s’imposer comme le pays de la liberté. Pour saisir comme dans un miroir grands espaces, ciels bleus et routes à perte de vue, autant de promesses de trajets initiatiques. Des "Raisins de la colère" à "La balade sauvage", de la fin des "Temps modernes" à "Easy rider", de "New York-Miami" à "Route One/USA", le road movie - un drôle de genre qui doit beaucoup au western et veut encore y croire - s’est confronté à cette immensité du continent, lieu de tous les fantasmes, de toutes les démesures, de tous les paradoxes. Paradoxe de voyages qui en chemin n’en finissent pas de retrouver les traces du passé. Paradoxe d’aventures qui se révèlent toutes, pour le meilleur et pour le pire, une expérience intérieure, un aller sans retour, voire une hallucination. Paradoxe de films qui voudraient prendre la mesure d’un pays gigantesque comme une carte rêve de correspondre à son territoire.

Editions Hoëbeke, octobre 2011, 240 pages, 45 €

Du goudron et deux plumes, critique de Bruno Icher du 30 novembre 2011 pour Libération
Roue libre. Avec "Road Movie, USA", Benoliel et Thoret signent une anthologie éclairée d’un genre fondateur du cinéma américain.
Le jeu typographique qui s’étale sur la couverture de ce beau livre, comme on dit à Noël, n’est pas une coquetterie. Le « Road Movie » en lettres épaisses, suivi d’un « USA » en caractères plus modestes, est une astucieuse mise en scène d’un pléonasme vieux comme le genre auquel le livre est consacré. Le bitume craquelé de la route, la poussière de la piste, les convois qui traversent les prairies, les bagnoles, camions, motos, chevaux voire tondeuse à gazon chez Lynch (1) ou bateau à roulettes chez Sarafian (2), et tous ceux qui les conduisent, ne constituent pas seulement une partie du cinéma américain ou le corpus d’un genre. Le road movie, c’est l’Amérique tout entière. Comment pourrait-il en être autrement pour une nation fondée et modelée par les vagues d’émigrants, bien obligés d’aller chercher au-delà de toutes les frontières une terre que personne ne leur a promise ?
Pionniers. Cette contradiction entre le mythe aventurier de la conquête de l’Ouest et la glorification du sol natal par tous ceux qui, sitôt installés, oublièrent leurs origines est, pour les deux auteurs, l’un des principes fondateurs du road movie. Un paradoxe que Jean-Baptiste Thoret et Bernard Benoliel pointent à travers le premier film évoqué dans le livre : "Le magicien d’Oz". Un road movie, un vrai, tant les aventures de Dorothy, à la recherche d’une réalité semblable mais plus séduisante que sa ferme en noir et blanc du Kansas, ne serviront qu’à lui faire avouer que « there is no place like home ». Rien ne vaut le foyer ou, autrement dit, il était peut-être nécessaire de se taper cette route de briques jaunes pour comprendre qu’il ne fallait justement pas y aller. Quelques années plus tard, les déshérités de la Grande Dépression jetés sur les routes donneront, dans "Les raisins de la colère" de John Ford, un éclairage plus cru à ces nouveaux pionniers.
Evitant soigneusement l’exercice de la liste, les auteurs ont conçu ce livre comme un long périple en vitesse de croisière. On y rencontre tout ce qui se réclame de la « route », dont évidemment "Easy rider" de Dennis Hopper, qui a défini le terme, mais aussi toute cette vague désenchantée des années 70 ("Macadam à deux voies" de Monte Hellman, "Electra Glide in blue" de James William Guercio, "Point limite zéro" de Richard Sarafian, "L’Epouvantail" de Jerry Schatzberg…). Toutes les époques sont également passées au crible, depuis les grands anciens parmi lesquels Chaplin et son iconique vagabond partant droit vers l’horizon ou Preston Sturges et ses "Voyages de Sullivan" jusqu’au « somnambule » "Dead man" de Jim Jarmush et au cruel "Monde parfait" de Clint Eastwood. Bien sûr, le petit peuple immobile croisé sur la route n’est pas oublié, qu’il soit bourré d’humanité comme chez Capra ("New York-Miami"), cabossé comme chez Robert Kramer ("Route One USA") ou source de terreur (entre autres "Délivrance" de John Boorman, "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper ou, bien sûr, "Psychose" de Hitchcock).
Coyote. On croise au fil des pages richement illustrées quelques interviews inédites (Peter Bogdanovich, Richard Sarafian, Dennis Hopper) et quelques belles surprises dont la découverte de la seule « road série » de l’histoire de la télévision, "Road 66", périple créé par Stirling Silliphant. Pour l’excellence de la démonstration, il ne faut surtout pas manquer le chapitre consacré à l’invention géniale du Coyote par Chuck Jones, « allégorie vivante et respirante du besoin », écrivait Mark Twain en décrivant l’animal, texte qui inspira le cartooniste. Sa quête vouée à l’échec, son opiniâtreté obsessionnelle, les mille variations de son humiliation constituent peut-être une des illustrations les plus pertinentes de l’histoire du road movie.

(1) "Une histoire vraie"
(2) "Le convoi sauvage"

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