29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 23:23

titre original "Straight time"
année de production 1977
réalisation Ulu Grosbard
scénario Alvin Sargent
interprétation Dustin Hoffman, Harry Dean Stanton, M. Emmet Walsh, Theresa Russell,
  Gary Busey, Kathy Bates, Jake Busey


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un film dur et sans nuances. L'histoire évoque les films de la Warner des années 1930. Mais Hoffman n'est pas Cagney, Muni ou Bogart, et peut-être en fait-il parfois un peu trop pour rendre le film vraiment crédible. En revanche, Harry Dean Stanton et M. Emmet Walsh sont remarquables.


Chef-d'œuvre ! (la critique de Pierre)

Avant, quand on me disait "Straight time", je pensais à : « Got a cold mind to go tripping 'cross that thin line, I ain't makin' straight time » (Bruce Springsteen, "Straight time", "The ghost of Tom Joad")... Désormais, "Straight time" évoquera ce superbe film réalisé par Ulu Grosbard, avec Dustin Hoffman.

D'où ça vient ? Au départ, il faut savoir que ce film est l'adaptation du roman "Aucune bête aussi féroce" d'Edward Bunker, malfrat lui-même. Ce film, c'est un projet d'Hoffman, qui a été passionné par le bouquin et qui est allé trouver Bunker en prison pour lui acheter les droits. Hoffman voulait le réaliser lui-même, mais c'est Ulu Grosbard ("Sanglantes confessions", "Georgia") qui l'a finalement mis en scène. Déçu par le résultat final, Hoffman a semble-t-il désavoué le film tel qu'il est aujourd'hui (le con).

Le pitch : c'est la vie de Max Dumbo, qui sort de prison au début du film. Le mec veut se tenir à carreau, même s'il a affaire à un parole officer insupportable (M. Emmet Walsh). En même temps, il rencontre une meuf jolie (Theresa Russell). Mais il y a aussi ses anciennes fréquentations... Voleur tu es, voleur tu restes...

C'est bien ? Gravement. Tout y est. Avant toute autre chose, c'est le réalisme des situations qui est frappant. La précision avec laquelle on assiste aux casses, par exemple. Clairement, il y a une parenté entre ce film et "Le Solitaire" de Michael Mann (même si les personnages et la réalisation n'ont rien à voir) : on sent que ces films puisent dans la même source documentaire. Mais il y aussi toute la puissance de jeu du Hoffman, dans un rôle de gangster finalement inhabituel pour lui. Il est tout simplement génial.

La mise en scène est réussie, le montage rapide. Tous les acteurs sont excellents, c'est prenant du début à la fin. C'est rare, mais cette fois, on peut le dire : voilà un grand film oublié des années 70.

Les seconds couteaux : un festival. D'abord, on retrouve les Busey père et fils, Gary et Jake. Jake doit avoir cinq ans dans le film, et joue le fils de son père, mais c'est fou ce qu'ils se ressemblent déjà ! Dans le rôle du parole officer, il y a l'épouvantable M. Emmet Walsh, abonné aux rôles d'enc..., celui-ci ne faisant pas exception. Il est excellent. Mais la palme revient à Harry Dean Stanton. C'est le collègue d'Hoffman dans ses actions illégales. Afficionado du fusil à pompe, il est absolument génial dans un rôle de "pro". Quelle filmo, ce mec ! Attention, il y a en a d'autres, dont une Theresa Russell toute jolie et une Kathy Bates toute jeune et mince.

Au final, c'est de la balle. C'est sorti en DVD le même jour que "Le prince de New York", après une longue attente. Je pensais que le Lumet serait un chef-d'œuvre et "Le Récidiviste", un bon film seventies. C'est l'inverse. Voyez-le, vraiment.


La critique de Didier Koch

"Le Récidiviste" propose sans aucun doute, avec "Lenny", une des meilleures interprétations de Dustin Hoffman. Un film pour lequel il s'est beaucoup investi, devant le mettre en scène alors qu'il était au sommet de sa carrière et qu'il pensait sans doute, suite à ses nombreux démêlés avec les réalisateurs, qu'il serait mieux servi par lui-même. L'expérience tourna rapidement court et l'acteur, trop pointilleux, finit au bout de deux semaines par faire appel à son ami Ulu Grosbard.

Inspiré d'un roman autobiographique d'Edward Bunker, le film n'évite pas les clichés habituels sur les anciens détenus qui replongent suite à l'acharnement de l'institution judiciaire, qui semble prendre un malin plaisir à mettre sous l'eau la tête de ceux qu'elle est censée aider à se réinsérer. La structure scénaristique du film rappelle un peu celle de "Deux hommes dans la ville" de José Giovanni (avec Gabin et Delon) sorti cinq ans plus tôt, qui était une charge très claire menée par Giovanni, ancien truand repenti, contre l'institution judiciaire. Le propos du "Récidiviste", s'il comporte aussi une part d'accusation des institutions à travers le flic libidineux joué par le parfait M. Emmet Walsh, montre que Max Dembo (Dustin Hoffman) n'a pas vraiment une envie folle de mener la vie de monsieur tout le monde et que sa rechute, sinon prévisible, était sans doute inéluctable.

Le jeu habité de Hoffman est particulièrement efficient pour illustrer la transfiguration de Dembo dès qu'il renoue avec le milieu. Un truand reste toujours un truand, semblent nous dire Grosbard et Hoffman, comme le prouve la supplique du meilleur pote de Dembo (Harry Dean Stanton), retiré des affaires depuis des années, lui demandant : « Sors-moi de là », assimilant ainsi l'adrénaline des hold-up à une drogue.

Le film est clairement scindé en deux parties distinctes, accompagnées par la musique de David Shire tout d'abord enjouée et ensuite beaucoup plus sombre. C'est un Max Dembo peu sympathique qui se découvre au fur et à mesure que l'étau de referme sur lui, n'hésitant pas, par ses imprudences, à mettre en jeu la vie de son partenaire. Idem pour la jeune femme qu'il entraîne un moment avec lui dans sa rechute.

Au-delà des clichés évidents que l'on peut reprocher au film en première lecture, on découvre, si l'on veut être attentif, un sous-texte beaucoup moins manichéen qu'il n'y parait et qui pose au final, de façon très juste, le véritable problème de la réinsertion des délinquants pour laquelle il faut admettre une part non négligeable d'échecs.

La caméra de Grosbard, toujours objective, ne cherche pas les effets qui seront bientôt devenus une règle pour les films du genre policier avec l'avènement des frères Scott, mais scrute, à travers les gros plans, les doutes qui assaillent les personnages. Il faut donc réhabiliter "Le Récidiviste" qui, tout en s'inscrivant dans les canons d'un genre, parvient à y introduire des ressorts dramatiques émouvants.

Enfin, il est toujours agréable de revoir la très belle Theresa Russell dans un de ses premiers rôles, dont on aurait pu penser, à la voir si convaincante, qu'elle se hisserait très rapidement tout en haut de l'échelle des stars féminines des années 80.

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