26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 18:14

titre original "The effect of gamma rays on man-in-the-moon marigolds"
année de production 1972
réalisation Paul Newman
scénario Alvin Sargent
photographie Adam Holender
musique Maurice Jarre
interprétation Joanne Woodward, Nell Potts, Roberta Wallach
   
récompense Prix d'interprétation féminine pour Joanne Woodward au festival de Cannes 1973


La critique de Didier Koch

La carrière de réalisateur de Paul Newman aura été mineure si on la compare à celles de certains de ses congénères comme Clint Eastwood, John Cassavetes ou Robert Redford, mais les cinq films qu'elle comporte sont tous dignes d'intérêt, montrant la préoccupation de l'acteur pour les problèmes de son temps, sa volonté d'exorciser ses drames personnels ("L'Affrontement") et son désir de réhabiliter le talent de sa femme que son immense carrière avait fini par éclipser.

La présidence Nixon ne pouvait satisfaire un démocrate comme Paul Newman, qui profite donc de l’adaptation d’une pièce de Paul Zindel pour dresser le constat assez amer d’une Amérique qui se réveille avec la gueule de bois après le rêve consumériste des années 50/60 auxquelles ont succédé les années de la libération hippie.

Béatrice a traversé ces deux périodes pleine d’un espoir un peu fou et se retrouve à quarante ans divorcée avec deux filles à sa charge et sans emploi fixe. Newman n’est pas le seul à l’orée des années 70 à s’interroger sur la place de la femme dans une société américaine en crise : Scorsese, dans "Alice n’est plus ici", et Martin Ritt, dans "Norma Rae", sont, comme lui, à douter de la réalité de l’indépendance apportée par la libération sexuelle féminine encore toute récente.

Mais le regard de Newman est sans conteste le plus sombre. Outre le côté sordide de la maison où vit la fratrie, l’apparence de Béatrice montre une femme prématurément vieillie qui, progressivement, semble renoncer à regarder l’avenir comme la promesse d’un possible bonheur. La métaphore sur l’influence des rayons gamma montre bien qu’il sera difficile pour les deux filles de Béatrice de se dessiner un horizon dans un environnement aussi plombant. L’aînée, Ruth, est déjà à son corps défendant la copie conforme de sa mère et semble devoir emprunter le même chemin tortueux et douloureux.

Newman, qui est aussi très engagé politiquement, n’oublie pas que Nixon a choisi de conduire l’Amérique dans le bourbier vietnamien plutôt que d’accompagner les mutations sociétales et économiques qui secouent un pays désormais en train de s’éloigner de la promesse faite à tous les émigrants venus jusqu’au début du siècle dernier dans ce grand territoire en quête d’un avenir meilleur.

La petite Matilda, jouée par Nell Potts, la fille de Paul Newman et de Joanne Woodward, élève appliquée, férue de science, se verra décerner le prix de son école pour son étude sur l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, comme l'indique le titre du film. Elle représente sans doute, aux yeux du metteur en scène, la lueur d’espoir vers un monde qui peut encore espérer dans l'avenir, non sans devoir se prémunir de la confiance aveugle accordée jusqu'alors aveuglément à un progrès technique qui présente aussi ses dangers, comme le rappelle la mort du lapin (dont il n’est pas clairement précisé dans le film s’il a été tué par Béatrice ou par son exposition aux rayons gamma).

Comme le voulait son époux admiratif de son talent, Joanne Woodward porte tout le film sur ses épaules, n’hésitant pas à briser l’image glamour que la jeune starlette des années 60 avait projeté dans les magazines en compagnie de son nouvel amoureux. La récompense viendra au bout de tous ses efforts pour l’actrice avec le Prix d’interprétation à Cannes.

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