15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 07:42

titre original "The Shootist"
année de production 1976
réalisation Don Siegel
photographie Bruce Surtees
musique Elmer Bernstein
décors Robert Boyle
interprétation John Wayne, Lauren Bacall, Ron Howard, James Stewart, Richard Boone,
  John Carradine, Scatman Crothers


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Ce film renouvelle le thème usé du gunfighter fatigué en le faisant jouer par un John Wayne vieillissant et lui aussi rongé par un cancer. De là l'émotion que provoque ce film, le dernier de Wayne.


La critique de Bertrand Tavernier sur son blog

(...) la déception est encore plus grande, comme si le sujet dans son ambition autobiographie (Wayne joue un célèbre gunfighter atteint de cancer, comme la star) avait littéralement pétrifié Siegel et la plupart des acteurs, qui ressemblent tous à des figures de cire, de James Stewart à Lauren Bacall (une mentions spéciale pour cette dernière qui est incroyablement raide, incapable de donner la moindre sincérité, le moindre frémissement à son personnage) et ne véhiculent aucune émotion. Il faut dire que le scénario aseptise totalement le beau roman de Glendon Swarthout, "Le Tireur", qui vient de paraître chez Gallmeister. Mais même quand il reprend presque mot pour mot une scène, la mise en scène de Siegel est tellement plate que rien ne passe. Et les scènes d’action sont d’une mollesse sidérante. La comparaison avec une autre adaptation d’un roman de Swarthout, "The Homesman", fait apparaître de façon éclatante les qualités, l’invention de Tommy Lee Jones. Et son respect intelligent vis- à-vis du roman.


La critique de Sébastien Miguel

Cette production ambitieuse de M.J. Frankovich et William Self (déjà producteur du passionnant "C'est arrivé entre midi et trois heures") s'impose comme l'un des films majeurs de la décennie. Et, cela, malgré les multiples problèmes survenus lors de la production : hospitalisation du Duke, mésentente entre Siegel et Wayne, changement de la fin par la star se refusant à abattre un méchant d'une balle dans le dos…

"Le dernier des géants" est un western évacué de toutes ses figures de style : pas de chevauchée, pas de grands espaces et pas l’ombre d’un indien. Ce traitement ascétique n'est pas sans rappeler le magnifique "La cible humaine" (réalisé par Henry King et écrit par André De Toth en 1950). "Le dernier des géants" en récupère la sobriété, la pauvreté mortifère. Le film est presque modeste, mais non dénué de prétention stylistique. La splendeur de la photo de Bruce Surtees et la composition méticuleuse et érudite des formidables décors de Robert Boyle apportent une force indiscutable au film. Une œuvre qui ne s’encombre d’aucun message politique et qui n’a rien à raconter sinon les derniers jours d’un gunfighter légendaire. S’il faut chercher une raison à cette sorte d’ascèse, c’est peut-être parce que "Le dernier des géants" est un film sur la mort.

La silhouette fantomatique de Books dans les premiers plans du film annonce en substance l’arrivée du prêtre mort vivant dans "Pale rider". Le long plan séquence du générique nous fait découvrir le visage d’un vieillard malade. A peine arrivé dans la ville, John Bernard Books est sommé de bouger 'sa vieille carcasse' (lointain écho à l’arrivée de Joel McCrea dans "Coups de feu dans la Sierra" de Sam Peckinpah, 1962).

Avec un rythme laconique et parfaitement maîtrisé, le film nous présente une formidable galerie de personnages qui vont tous participer à la tragédie des derniers jours de Books. Réduits en apparence à leurs anciennes fonctions de topos, ils acquièrent dans ce film une épaisseur toute particulière. Ils constitueront le cœur même du drame.

La fin de "Le dernier des géants" est un constat brut. Une terrible démythification. L’histoire du western s’achève, sans larmes ni trompettes patriotiques. Juste dans l’ambiguïté d’un genre qui est passé du manichéisme au trouble, avant d’être emporté à son tour. Un genre de la violence qui a débuté sur l’extermination d'un peuple et se conclut avec la mort d’un seul homme, le plus symbolique de ses représentants.


La critique de Didier Koch

C’est avec Don Siegel que John Wayne a fini sa carrière de cowboy de cinéma dans un film où son destin personnel rejoint celui du héros qu’il interprète une dernière fois à l’écran. Dans un Ouest finissant déjà gagné par le progrès qui avance, John Bernard Brooks célèbre gâchette, se trouve cloué au sol par un sale cancer qui est train d’avoir sa peau. C’est dans la petite ville de Carson City qu’il a décidé de terminer son chemin après que son vieil ami le docteur Hostetler, joué par James Stewart avec lequel Wayne avait été à l’affiche du mythique "L’homme qui tua Liberty Valance" (John Ford, 1962), lui ait annoncé la mauvaise nouvelle.

Wayne, qui est lui-même malade, incarne Brooks avec une humanité et une simplicité qui inondent l’écran. Le héros est fatigué et il n’hésite pas à faire part de ses doutes sur la façon dont il doit aborder cette étape ultime de sa vie, acceptant sans fausse pudeur de descendre de son piédestal face à plus fort que lui. Madame Rogers, sa logeuse (Lauren Bacall), va l’accompagner dans cette attente du moment redouté où le corps se refusera à avancer. Cette rencontre, qui se fait sur le tard, avec cette veuve et son fils laisse entrevoir au vieux cowboy solitaire ce qu’aurait pu être sa vie s’il avait consenti à poser plus tôt ses valises.

Mais il est dit que les héros de l’Ouest ne peuvent mourir paisiblement dans leur lit, dès les premières rumeurs sur la présence en ville du grand John Bernard Brooks, les vautours sont déjà en train de roder autour de sa future carcasse pas encore refroidie. Que ce soit le journaliste qui souhaite faire le récit de la fin du héros, l’ancienne prostituée qui veut se marier pour hériter de la légende ou le maire qui se réjouit de la publicité faite à sa ville qui pourra afficher à son frontispice « Dans cette ville est mort John Bernard Brooks en l’an … », tout le monde entend tirer profit d’une petite partie de la gloire du mercenaire agonisant quitte à lui pourrir ses derniers jours.

Don Siegel ne lésine pas sur la peinture du cynisme de ces « faux amis », tous corrompus par un capitalisme déjà envahissant. Seul épargné, le croque-mort interprété par un John Carradine de plus en plus filiforme, aux doigts déformés par l’arthrite qui, sans artifice, présente à Brooks les options qui s’offrent à lui pour ses funérailles et dont la franchise désarme Brooks, qui se refuse à l'éconduire comme les autres.

Ayant compris que jusqu’au bout rien ne lui sera épargné, Brooks va offrir au public ce qu’il demande et finir, comme tous les autres de son espèce avant lui, les armes à la main. Ce n’est pas à cheval, mais dans le petit train qui sillonne la ville que Brooks effectue son dernier voyage, non sans avoir transmis auparavant une part de son savoir au jeune Gillom Rogers (Ron Howard).

Le grand livre de l’histoire du western selon John Wayne se referme donc dans ce saloon avec une balle dans le dos du plus grand cowboy de l’écran. L’introduction de Siegel montrant le héros à plusieurs étapes de sa carrière à l’aide d’extraits de films insiste bien sur l’hommage que le metteur en scène veut rendre à l’acteur emblématique d’un genre qui se meurt après avoir connu un dernier soubresaut venu d’Italie.

Bertrand Tavernier, qui n’apprécie pas beaucoup Don Siegel, lui reprochant un manque de style au-delà d'un savoir-faire reconnu, n'est guère enclin à reconnaître quelconque qualités au "Dernier des géants", qu'il trouve trop référentiel et dénué d'émotion. Tous les goûts sont dans la nature.


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