20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 15:59

Le premier long métrage de Michael Cimino

titre original "Thunderbolt and Lightfoot"
année de production 1974
réalisation Michael Cimino
scénario Michael Cimino
musique Dee Barton
interprétation Clint Eastwood, Jeff Bridges, George Kennedy, Gary Busey


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un titre idiot, racoleur, qui causa le plus grand tort à ce film tendre. Eastwood, satisfait du travail de Cimino, scénariste de "Magnum force", lui donna sa chance comme réalisateur. Cinq ans plus tard, Cimino cassa la baraque avec "Voyage au bout de l'enfer".


La critique de Sébastien Miguel

Premier film de Michael Cimino. Très personnel, brillant, inégal et véhiculant un nombre impressionnant de thèmes et motifs du Nouvel Hollywood (conflit des générations, loosers errants dans l'immensité de paysages grandioses, nostalgie d'une jeunesse perdue), "Le Canardeur" est devenu, avec les années, un film précieux.

"Le Canardeur" n'est plus guère diffusé à la télévision française et son DVD (édité en 1998) est devenu depuis longtemps indisponible. L'œuvre, parfaitement culte, est tout de même ressortie au cinéma en copie neuve grâce au distributeur Solaris Distribution, courant 2010.

Pas de critique ou d'avis péremptoire sur ce beau film. Pour une fois, laissons parler l'auteur : extraits d'un entretien avec Michael Cimino par Bill Krohn, Cahiers du Cinéma "Spécial made in USA" n°337, juin 1982 :
« Quand il m'arrive de revoir mes films, c'est comme si je voyais des films d'amis (…) J'ai l'impression de voir un film de vacances relatant un événement auquel j'ai participé sans qu'on me voie, bien que j'y sente ma présence. Je souris quand je pense à Jeff (Bridges). En fait, il domine le film un peu plus que prévu. »
« Clint s'est bien rendu compte de ce qui se passait, mais il l'a tellement aimé qu'il n'a pu que le regarder évoluer, comme on regarde évoluer un élément naturel, sans vouloir l'interrompre. (…) Clint s'est montré très généreux. »
« (…) Je pense qu'Eastwood était heureux pendant le tournage, il paraissait prendre grand plaisir à regarder le film et à suivre ses étapes. Avant de commencer, j'ai dit à Jeff : « Tu as une tâche à remplir ; tu dois faire rire Clint dans le film » ; c'est ce qu'il a fait ! »
« (…) Les personnages de Clint et George Kennedy parlent de leur expérience en Corée, et leur attitude est en grande partie celle de cette génération-là ; Jeff était un casse tête pour eux. Ils ne se situaient pas dans le courant de la société américaine, loin de là ; mais Jeff était porteur de ce changement. (…) Il semble qu'Eastwood ait eu un très bref moment de joie de vivre, quand il s'est laissé aller (…). Ce dont on se souvient le plus (…), ce sont les moments de liberté, de joie de vivre. C'est en partie le sujet de ce film ; il contient des moments de ce type. »


La critique de Didier Koch

En 1974, Michael Cimino est un tout jeune metteur en scène auquel Clint Eastwood, qui l’a rencontré sur le plateau de "Magnum force" (Cimino a participé à l’écriture du scénario aux côtés de John Millius), a décidé de mettre le pied à l’étrier.

En seulement quatre ans et deux films, Cimino réussira l’exploit de passer du statut d’enfant chéri d’Hollywood ("Voyage au bout de l’enfer") à celui de banni des studios ("La porte du paradis" 1980) après avoir entraîné l'United Artists au bord de la faillite. Depuis, le cinéaste n’a jamais vraiment refait surface, conservant jusqu’à nos jours la réputation d’un réalisateur paranoïaque, ingérable et hors système.

Mais nous n’en sommes pas là, et le tout jeune Cimino a l’occasion, avec cette opportune association d’un acteur confirmé (Eastwood) et d’une jeune pousse (Jeff Bridges), de montrer tout son savoir-faire. En vieux routier, il concocte un road movie, prélude romantique des buddy movies qui baliseront toute la production hollywoodienne des années 80 (les séries des "Arme fatale", "48 heures" et autres "Flic de Beverly Hills").

Cimino, qui est à l’écriture, s’amuse à décentrer un peu l’image monolithique d’Eastwood en nous le présentant dans la scène d’ouverture en prêcheur marron dans un hommage déférent à la "Nuit du chasseur", où Mitchum avait lui aussi bousculé son image de dur à cuire. "Le Canardeur" peut aussi faire penser à un film méconnu mais néanmoins magnifique de Blake Edwards, "Deux hommes dans l’Ouest" (1970), qui décrivait de la même manière les rapports fraternels entre un vieux cowboy (William Holden) et un jeune chien fou (Ryan O’Neal) dans l’Ouest finissant, sur fond de braquages de banques. La différence d’âge, qui constitue souvent un obstacle à l'amitié, est ici l’occasion d’un enrichissement mutuel, l’ancien retrouvant la fougue qui l’avait un peu abandonné, et le jeune se sentant sécurisé par l’expérience de son partenaire.

Chez Cimino, les Cadillac et les Buick ont remplacé les chevaux d’Edwards, mais l’amitié virile demeure le vecteur essentiel d’une quête où les femmes n’ont qu’une fonction tout au plus récréative. La soif de liberté et de grands espaces cadre mal en effet avec les aspirations plus sédentaires attribuées de tous temps à la gent féminine. On avance droit devant soi et le hasard fait le reste, semble nous dire ce type de film. Pas tout à fait ici, car un butin caché attire beaucoup de monde aux basques des deux hommes.

Au fil des rencontres, Cimino nous montre les petites avanies et réjouissances de cette vie nomade. L’auteur nous abreuve de petites scènes cocasses et attendrissantes, comme l’épisode où l’équipe reconstituée autour d’Eastwood se cherche des petits boulots pour se procurer la mise de fond nécessaire à un holdup de plus grande envergure. Ces petits portraits montrent chez Cimino un sens du détail qui fait mouche et une énorme tendresse pour les acteurs. C’est sûr, un grand metteur en scène est en gestation, et il ne lui faudra que ce joli coup d’essai pour accoucher d’un chef-d’œuvre ("Voyage au bout de l’enfer").

Tout au long du voyage des deux hommes, Cimino multiplie les hommages aux films cultes de la décennie précédente ("Butch Cassidy et le Kid", "Macadam cowboy"), pour bien montrer qu’il ne se sent pas le fruit d’une génération spontanée, mais que son travail s’inscrit dans la lignée de ses prestigieux aînés.

On ne s’ennuie donc pas une seconde tout au long de cette virée, qui ne renie en rien les valeurs auxquelles ont toujours cru les pionniers de la conquête de l’Ouest.

A voir et à revoir.

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