12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 09:57

titre original "The last picture show"
année de production 1971
réalisation Peter Bogdanovich
scénario d'après le roman de Larry McMurtry
photographie Robert Surtees
interprétation Timothy Bottoms, Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Ellen Burstyn, Cloris Leachman,
  Ben Johnson, Randy Quaid
   
récompenses • Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Ben Johnson
  Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Cloris Leachman


La critique de Pierre

Ma dernière grande découverte : "La dernière séance", avec Jeff Bridges (tout jeune), Cybill Sheperd (toute jeune) et Timothy Bottoms. Chronique en noir et blanc de jeunes ados dans un ploucland américain au début des années 50. Grrrrrrand beau film émouvant. C'est dit.


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Exagérément centrée sur l'hommage à Hollywood et à son passé, la carrière de Bogdanovich comprend pourtant un chef-d'œuvre : "La dernière séance". Avec un sens aigu du décor (les bâtisses sans style d'Anarene), de l'allégorie (la Corée renvoyant au Viêtnam, le désert géographique au désert mental des personnages), de la photo (les tons sales du vétéran Surtees), de l'interprétation (tous, de Jeff Bridges à Randy Quaid, de Cybill Shepherd à Ellen Burstyn, ont fait carrière), "La dernière séance", avant "American graffiti" et "Voyage au bout de l'enfer", nous décrit des jeunes gens appelés à combattre en Asie et traînant dans l'intervalle un ennui incommensurable, le sexe et l'alcool ne palliant que bien mal leur vide existentiel. Cependant, à la différence de Lucas et de Cimino, qui se contentent d'étaler sur l'écran la vacuité de leurs personnages, Bogdanovich parvient à nous faire ressentir avec intensité le mal de vivre de ses tristes "héros".


La critique de Didier Koch

“La dernière séance” est "le" succès de la carrière erratique de Peter Bogdanovich à Hollywood. Venu de la critique comme nombre de cinéastes français de la même génération (Chabrol, Truffaut, Rohmer, Godard, Tavernier), Bogdanovich, reconnu pour ses travaux sur John Ford, Orson Welles et Howard Hawks, passe à la réalisation via l’école de Roger Corman qui lui permet de se faire remarquer dès 1968 avec "La Cible", qui mêle adroitement suspense (un vétéran du Vietnam joue les snipers sur les toits d’une petite ville) et description de la fin de parcours d’une star de l’écran sur le déclin (Boris Karloff dans son dernier rôle).

"La dernière séance" s’inspire du roman éponyme de Larry McMurtry, qui seconde Bogdanovich au scénario. Empreint de nostalgie, le film raconte principalement l’éveil à la sexualité d’une jeunesse qui s’ennuie dans une petite bourgade du Nord du Texas (Archer City) entre 1951 et 1952. Dans ce coin reculé, battu par les vents, jeunes et plus anciens, qui vivent essentiellement de l’industrie pétrolière, parviennent difficilement à tuer le temps grâce aux rares activités locales,  qui se réduisent à l’équipe de football, les kermesses, le cinéma en voie de fermeture et le billard de l’unique restaurant du bourg. Aussi, la sexualité occupe une place prépondérante dans le quotidien, notamment chez les plus jeunes dont les sens sont en éveil permanent.

La promiscuité, qui mine un peu cette population réduite, amène à des échanges intergénérationnels plus que rapprochés. Ce sont les mœurs de la petite communauté que Bogdanovich expose à l’écran via ses trois héros que sont Sonny Crawford (Timothy Buttons), jeune homme tourmenté en manque d’assurance, Duane Jackson (Jeff Bridges), adolescent au caractère  insouciant et  Jacy Farrow (Cybill Shepherd), jeune fille de bonne famille, starlette locale, bien décidée à faire tourner les têtes et à perdre sa virginité.

Dans une Amérique en pleine prospérité qui goûte au progrès, les contrées du Sud semblent  hésiter entre le maintien d’un style de vie local basé sur l’affirmation des traditions et le grand saut dans l’American way of life, synonyme le plus souvent d’un exil de sa jeunesse vers les grandes cités. Elevé dans un ranch texan, Larry McMurtry, particulièrement sensible à cette mutation, l’avait déjà plus crument et violemment dépeinte dans "Le plus sauvage d’entre tous", adapté en 1963 par Martin Ritt avec Paul Newman dans un de ses rôles marquants.

Peter Bogdanovich, très influencé par John Ford qui aimait lui aussi filmer les communautés en repli sur elles-mêmes, chemine sans pathos excessif parmi ces destins qui s’entrecroisent et s’entrechoquent comme pour tenter de retenir le temps qui passe inexorablement sans que l’on sache donner un véritable sens à son existence. Ce mouvement perpétuel des générations qui se succèdent est très présent dans le film et rendu souvent de façon pathétique, comme dans cette scène très émouvante où Sam the Lion, le propriétaire du cinéma et du restaurant joué par un magnifique Ben Johnson, convaincu par John Ford d'accepter le rôle, échange un regard douloureux avec les deux jeunes hommes qui lui annoncent qu'ils vont faire une virée au Mexique et qu'il ne peut se résoudre à suivre, prenant brutalement conscience de son innocence perdue.

Ayant eu assez peu d'écho en Europe, voire vilipendé par la critique, le film a ému le public américain qui s'est reconnu dans ce miroir tendu par Bogdanovich. En France, le film a sans doute trop vite été assimilé aux séries mièvres type "Peyton Place", et certains critiques ont reproché à Bogdanovich ses emprunts à John Ford, vus comme un sacrilège. Quoi qu'il en soit, en dépit de ses qualités graphiques (magnifique noir et blanc) et de sa relative sobriété narrative évitant l'humour potache trop appuyé, "La dernière séance" demeure un film parlant exclusivement au public américain.

Devenu très tendance à Hollywood, Bogdanovich connaîtra un rapide déclin après "Paper moon", faisant plus parler de lui dans la rubrique faits divers en raison de ses liaisons avec les sœurs Stratten (Dorothy, l'aînée playmate de l'année 1980, sera assassinée par son mari alors qu'elle entamait une relation avec le réalisateur). En 1990, Bogdanovich reprendra les mêmes personnages dans "Texasville" pour tenter de retrouver un peu de la magie perdue. Le public ne suivra pas. Depuis, reclus dans une semi retraite, il alterne avec plus ou moins de bonheur les films confidentiels avec des reportages ou des travaux d'écriture.

Voir ou revoir "La dernière séance" permet de mesurer l'injustice qui a été faite en France à ce film tendre et désenchanté, touchante chronique aux accents nostalgiques, formidablement interprétée par les jeunes pousses que sont alors les Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Timothy et Sam Buttons épaulés par Ellen Burstyn, Ben Johnson ou Elien Brennan.

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