14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 19:11

Veuf et père vengeur

titre original "Death wish"
année de production 1974
réalisation Michael Winner
musique Herbie Hancock
interprétation Charles Bronson, Jeff Goldblum, Olympia Dukakis, Denzel Washington
   
suites • "Un justicier dans la ville 2", Michael Winner, 1982
  • "Le justicier de New York", Michael Winner, 1985
  • "Le justicier braque les dealers", J. Lee Thompson, 1987
  • "Le justicier - L'ultime combat", Allan A. Goldstein, 1994


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Bon, d'accord, c'est une apologie de l'auto-défense, mais c'est du cinéma, et c'est plutôt plaisant de voir le regard incrédule des loubards descendus par celui qu'ils croyaient être une brebis.


Le seul, l'unique, le vrai vigilante : Bronson ! (la critique de Pierre)

A l'heure où on nous gratifie de sous-crotte type "A vif", je crois bien utile de se remémorer ce qu'est le film matriciel du genre, l'insurpassable et insurpassé "Un justicier dans la ville" !

Le pitch : Paul Kersey est un architecte de renom, qui a une bonne situation, une femme qu'il aime et une fille de 20 ans. Celles-ci sont victimes d'une agression horrible par une bande de loubards : la femme meurt, la fille ne communique plus. La réaction de Bronson ? Il devient fou et sort la nuit pour aller trouver un prétexte pour assassiner n'importe qui, n'importe quand.

La grande force du film, c'est que - bien qu'il soit considéré comme un vigilante par la presse -  il n'occulte pas que Bronson est en réalité devenu un fou dangereux, quasiment un tueur en série. Et le film tient par ailleurs - au travers du métier d'architecte de Bronson - un discours sur les liens entre l'urbanisation et la criminalité.

Bref, "Un justicier dans la ville" est à la fois un film intelligent, un film typiquement 70's (réalisé avant "Taxi driver", rappelons-le), un film avec une belle BO (Herbie Hancock), un film couillu (c'est quand même  Bronson !).

Notons que cet original est à mille coudées au-dessus de toutes les suites faites pendant les années 80 et produites par la Cannon, et ne doit EN AUCUN CAS être confondu avec elles.


La critique de Didier Koch

Quand on évoque les films de vengeance, de Michael Winner est immanquablement cité comme le film séminal d'un genre qu'il aurait lui-même contribué à créer. "Death wish" est devenu, avec la saga des Dirty Harry, le symbole de l'Amérique réactionnaire de retour après les désillusions qui minèrent le pays suite à l'enlisement vietnamien et à la fin sanglante du rêve hippie dans Cielo Drive (assassinat de Sharon Tate par les séides de Charles Bronson,) suivi la même année (1969) de la tragédie d'Altamont (un concert des Rolling Stones ayant viré au tragique à cause du service d'ordre confié aux Black Panthers).

Don Siegel aurait donc ouvert la voie, avec l'inspecteur Callahan et son magnum 44 qui lui tenait lieu de seul mode d'expression, suivi par Michael Winner qui lui aurait emboîté le pas de manière encore plus condamnable en prônant le recours à l'auto-défense dans un pays déjà infecté par la libre circulation des armes à feu. Cette vérité est tenue pour acquise et reprise à longueur d'analyses critiques. En réalité, combien ont revu le film qui date aujourd'hui de près de 40 ans pour vérifier la justesse de cette assertion ?

Michael Winner et Charles Bronson  se connaissent bien quand ils s'embarquent sur ce projet, ayant déjà travaillé trois fois ensemble, notamment sur un western datant de 1971 "Les collines de la terreur" qui abordait, lui aussi, le thème de la vengeance, mais sur un ton plus distancié quoique tout aussi brutal. Paul Kersey, le héros vengeur incarné par Bronson et inspiré du roman éponyme de Brian Garfield, est présenté de prime abord comme un architecte progressiste, ancien objecteur de conscience dont la vie va s'effondrer quand sa femme sera tuée par un trio de petits malfrats (au sein duquel on reconnaît un Jeff Godblum débutant) et que sa fille, témoin du meurtre, plongera dans une apathie irréversible. La montée jusqu'à la violence se fera progressivement dans l'esprit de Kersey qui visiblement y répugne.

Winner prend aussi bien soin, en évitant une classique enquête qui mènerait son héros jusqu'aux tueurs de sa femme, de mettre en avant la névrose qui s'empare d'un individu ignorant tout de la violence qui sévissait en bas de sa rue jusqu'à ce que le malheur le frappe personnellement. A ce propos, l'entame du film sur une vision de carte postale de Kersey et de sa femme en vacances à Hawaï montre bien dans quel monde clos  vivait ce couple bourgeois. On ne peut donc de manière univoque taxer Winner de prosélytisme, même si en retournant l'argument, on peut considérer que le fait de montrer la folie meurtrière d'un homme a priori non violent peut participer à déculpabiliser le plus grand nombre. De la même manière, laisser affirmer le commissaire en charge de l'enquête que les crimes ont fortement baissé depuis qu'un justicier sévit dans les rues de la cité peut relever de l'apologie de l'auto-défense. Le débat reste ouvert, mais ne peut être tranché de manière absolue.

Ce qui est sûr, en revanche, c'est que devant le succès du film, Winner et Bronson se sont laissés aller à l'outrance, transformant Kersey en véritable machine à tuer qui s'arroge, en véritable démiurge, le droit de vie ou de mort. Mais là encore, on peut se poser la question de savoir si ce n'est pas surtout l'appât du gain qui a poussé les deux hommes et leurs producteurs à une surenchère de plus en plus caricaturale en voulant exploiter le filon jusqu'à la corde. Visiblement, les éventuelles conséquences des aventures de Kersey ne leur ont pas posé trop d'états d'âme, et surtout pas à Bronson qui, une fois que Winner aura passé la main, continuera la saga sous la férule de Jack Lee Thompson, cinéaste encore plus manichéen que Winner. Business is business.

Un film comme "La nuit des juges" de Peter Hyams en 1983 avec Michael Douglas pose certainement de manière plus directe le problème du recours à la justice expéditive, en suggérant que l'on peut s'organiser pour cela plutôt que d'agir en solitaire comme un Kersey qui, dans la vraie vie, serait vite démasqué.

A chacun de voir le film pour se faire sa propre opinion.
Un justicier dans la ville - photo 1
Un justicier dans la ville - photo 2
Un justicier dans la ville - photo 3
 
 

Michael Winner & Charles Bronson sur le tournage du film

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