1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 00:16

Run, Babe, run!

titre original "Marathon man"
année de production 1976
réalisation John Schlesinger
photographie Conrad L. Hall
musique Michael Small
interprétation  Dustin Hoffman, Laurence Olivier, Roy Scheider, William Devane, Marthe Keller


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Difficile de résumer un film construit par des fragments de puzzle. Il reste un grand classique du suspense, et la scène de la torture par les instruments de chirurgie dentaire est dans toutes les mémoires. Dustin Hoffman est excellent, mais il est éclipsé par Laurence Olivier, fabuleux en méchant nazi.


La critique de Didier Koch

"Marathon man" fait partie désormais de toute anthologie consacrée aux films de suspense ou aux thrillers. Il rejoint, quasiment dès sa sortie en 1976, les grands films paranoïaques américains des années 70 que furent "À cause d'un assassinat", "Conversation secrète" et "Les trois jours du Condor". Moins directement politisé que ces trois films dénonçant l'histoire récente des Etats-Unis entachée par le maccarthysme, l'assassinat de John Kennedy et la guerre du Vietnam, "Marathon man" distille la même dose de sourde inquiétude et de suspense.

John Schlesinger, apôtre avec Lindsay Anderson ("If...), Karel Reisz et Tony Richardson du "free cinéma" britannique, a assez vite été happé par Hollywood où il frappa très fort d'entrée avec "Macadam cowboy" (1969), déambulation underground et amère sur fond de prostitution masculine dans les bas-fonds de New York, qui lui valut l'Oscar du meilleur réalisateur. Très en vue, il se voit confier la mise en scène de ce thriller rappelant au public que des anciens nazis continuent à faire fortune à partir de l'Amérique du Sud, où ils coulent des jours heureux sous la bénédiction de régimes dictatoriaux à la recherche de précieux conseils sur la mise au pas des opposants.

Le scénario a été confié à William Goldman, déjà auteur pour "Butch Cassidy et le Kid" (1969), mais aussi pour le très inquiétant et méconnu "Les femmes de Stepford". Le postulat de départ posé grâce à un banal accident dans les rues de New York provoquant une réaction en chaîne, le récit tire profit de l'opposition de style très tranchée entre deux frères, fils d'un journaliste victime tragique de la chasse aux sorcières : Henry (Roy Scheider), l'aîné, mène la vie agitée et cosmopolite d'un agent secret, tandis que Thomas (Dustin Hoffman), étudiant en histoire spécialisé dans le maccarthysme, est un passionné de course à pied, s'entraînant pour le marathon dans Central Park. Ce décalage est certes peu crédible, mais c'est en partie grâce à lui que le film trouve son point d'équilibre et génère ses retournements de situation.

Schlesinger, qui aborde le genre pour la première fois, se débrouille comme un vieux routier, sachant alterner les décors, relancer au bon moment l'intrigue après chaque temps mort, mettre en parallèle la vie des deux frères, distiller les scènes d'action à haute tension et surtout créer une atmosphère très particulière qui puise son parfum dans les meilleurs films d'espionnage.

L'opposition entre Dustin Hoffman et Laurence Olivier constitue certes le clou du film en raison de la nature même de leurs personnages aux antipodes, confrontés dans la fameuse scène choc du supplice à la roulette et de leur approche opposée du jeu d'acteur, mais c'est sans aucun doute Roy Scheider, alors au zénith de sa carrière - il sort à peine des "Dents de la mer" (1975) et s'apprête à enchaîner avec "Le convoi de la peur" (1977) -, qui fascine le plus.

D'apparence marmoréenne et indestructible, il transpire la détresse de celui qui se sait sur la pente descendante toujours fatale dans ce genre de métier. L'acteur montre une fois de plus qu'il faut le compter parmi les plus grands. Marthe Keller, choisie par Schlesinger après qu'il l'ait vue dans "Toute une vie" de Claude Lelouch (1974), se fond parfaitement dans son rôle de trop belle conquête pour jeune homme naïf. Laurence Olivier, pourtant très malade, campe un sosie effrayant du docteur Mengele dont la traque n'a jamais abouti.

La partition de Schlesinger serait parfaite, sans une fin un peu à la manière de "La mort aux trousses" qui ne cadre pas avec la teneur générale du film.


Photos de tournage de Mary Ellen Mark

Marathon man - Conrad Hall & John Schlesigner
Marathon man - Conrad Hall
Marathon man - Dustin Hoffman & Sir Laurence Olivier 1
Marathon man - Dustin Hoffman & Sir Laurence Olivier 2
Marathon man - Sir Laurence Olivier


La critique de Maxime

Attention les yeux : Laurence Olivier, Dustin Hoffman, William Devane, Roy Scheider. On a affaire à un sacré gratin d'acteurs super cools.

L'affiche est sobre, en dominante noire avec cette accroche : "Un thriller". "Marathon man" est un thriller au sens noble et premier du terme. On a affaire là à un authentique polar qui fout des frissons. On s'inquiète pour la vie de Babe Levy (Dustin Hoffman), on tremble à chaque apparition du Docteur Szell (Laurence Olivier), on frissonne lors de nombreuses scènes du film. Le terme "thriller" n'est pas usurpé, c'est un film où les personnages et nous-mêmes sommes véritablement et constamment sur le fil du rasoir.

Hitchcock disait que "pour qu'un film soit réussi, il faut un bon début, une bonne fin et un méchant réussi". Laurence Olivier incarne ici l'un des personnages les plus terrifiants du septième art. Is it safe ? Non, "Marathon man" n'est pas totalement sans danger, certaines scènes atteignant des sommets de terreur.

Un thriller ? Non, LE thriller.

"Is it safe ?"
Marathon man - photo

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