24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:38

Faites l'amour, pas la guerre

titre original "MASH" aka "M*A*S*H" *
année de production 1970
réalisation Robert Altman
interprétation Donald Sutherland, Elliott Gould, Robert Duvall, Bud Cort, Sally Kellerman,
  Tom Skerritt
   
récompenses • Palme d'or au festival de Cannes 1970 (1ère Palme d'or américaine depuis 1957)
  • Oscar du meilleur scénario adapté


* pour Mobile Army Surgical Hospital


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un film qui fit sensation par le cynisme et la verdeur des propos, par le joyeux esprit d'anarchie que font souffler sur le camp nos trois gaillards, notamment lorsqu'ils branchent la radio du camp sur le lit où s'ébattent un chirurgien incapable et une ravissante major, ou lorsqu'ils truquent un match de football pour faire perdre son pari au général. Mot de la fin de l'un d'eux qui vient d'être démobilisé : « Putain d'armée ! »


La critique de Didier Koch

Quand il réalise "M.A.S.H." en 1968, Robert Altman a déjà 43 ans et une carrière qui végète, ne réussissant pas  à effectuer la transition du petit au grand écran. La défection de réalisateurs confirmés comme Mankiewicz, Zinneman, Lean, Nichols ou Kubrick le propulse à la tête de cette adaptation d’un roman autobiographique de Richard Hooker par Ring Lardner Jr., un des dix de la tristement célèbre liste noire. Sans doute mû par l’idée de frapper un grand coup et considérant qu'une paix relative lui serait accordée vu les deux films importants mobilisant les pontes du studio au même moment ("Tora! Tora! Tora!" de Richard Fleischer et "Patton" de Franklin J. Schaffner), Altman impose d'emblée tout ce qui fera l'originalité de son cinéma : l'iconoclasme, l'improvisation, l'overlapping (conversation où tout le monde parle en même temps) et le miroir tendu à la société américaine. Ici, ce sera la dénonciation de l'atrocité de la guerre, en référence à peine voilée à celle qui bat son plein au même moment au Vietnam.

Pour imposer ses vues et encore accroître sa liberté, il a renoncé à demander à son producteur (Ingo Preminger, le frère d'Otto) des stars, préférant débaucher des acteurs en devenir comme Donald Sutherland, Tom Skerritt ou Elliott Gould, ainsi que les membres d'une troupe de théâtre de San Francisco. Robert Duvall sera le seul acteur un peu expérimenté au sein du casting.

Inutile de dire qu'Altman prendra quelques libertés avec le scénario de Ring Lardner Jr., pourtant à l'initiative du projet et collaborateur dans les années 40 de réalisateurs aussi prestigieux qu'Otto Preminger ("Laura", "Ambre") ou Fritz Lang ("Cape et poignard"). Le réalisateur est donc sur le fil du rasoir, jouant en quelque sorte son va-tout avec ce pari un peu fou dans le style "ça passe ou ça casse". En effet, rien ne garantit que le public et la critique apprécieront ce pamphlet complètement débridé qui voit de jeunes médecins au look passablement hippie passer leur temps à se faire des blagues de potaches entre deux opérations sur de pauvres soldats qu'il faut, soit amputer, soit rafistoler avant de les renvoyer au front.

Mais le risque aura payé, et ce sera la récompense suprême au festival de Cannes de 1970, où le film rafle la Palme d'or au nez et à la barbe de films reconnus plus intellectuels. La carrière d'Altman est à partir de cet instant lancée et son style, reconnu. Il jouira d'une grande liberté à Hollywood, même si certaines traversées du désert et certaines concessions au système jalonneront son parcours.

Aujourd'hui, avec le recul, le film, hormis ses scènes d'anthologie (pour la plupart des gags), ne peut cacher ses maladresses, notamment une direction d'acteurs un peu trop relâchée à certains moments et des sauts de puces narratifs qui nuisent à la fluidité du récit. Mais il faut replacer "M.A.S.H." dans son époque et se dire qu'il constitua un sacré pavé dans la mare qui contribua, comme d'autres films plus sérieux, à engager les Etats-Unis sur la voie du retrait au Vietnam. Altman a, certes, pris un risque, mais malin comme un singe, il avait sans doute en tête le succès de "Docteur Folamour", le brûlot incendiaire jeté à la face du monde six ans plus tôt par Stanley Kubrick, qui aurait pu prendre en charge lui-même la réalisation de "M.A.S.H.". Si son film n'atteint pas la virtuosité, il sera toujours rafraîchissant, même pour les plus jeunes, de passer deux heures dans ce joyeux hôpital de fortune en compagnie de la moustache chafouine d'Elliott Gould, du sourire frondeur et légèrement suffisant de Donald Sutherland et surtout des hurlements de plaisir de "lèvres en feu" (Sally Kellerman).


Le gore à l'assaut de Hollywood

Au début des années 70, 3 films américains, dont "M.A.S.H.", s'appuient sur de nombreuses scènes sanglantes pour dénoncer les horreurs de la guerre du Viêtnam. La référence est transparente, bien que l'action du Altman se situe pendant la guerre de Corée (tandis qu'il s'agit de la seconde guerre mondiale dans "Catch 22", et que "Soldat bleu" traite de l'extermination des Indiens à Sand Creek). On relèvera les corps sanguinolents transportés par des hélicoptères et les giclées de sang des blessés dans les scènes chirurgicales (5 opérations au total)...



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